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La nouvelle saison du Botanique et de l'Ancienne Belgique

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PAARD. Poto AB © Lucinde Wahlen
Publié le 15/10/2020
Par Michaël Bellon

« Nous devons oser aller de l'avant et convaincre le public »

En temps de crise, il faut investir. C'est ce que font les temples de la musique, l'AB et le Botanique, en proie à des difficultés. Investir dans les musiciens, en mettant en place des résidences et un soutien à la production de leurs nouveaux projets. Et investir dans le public, en réorganisant des concerts dans des conditions sécurisées.

Tant que nous devrons composer avec le virus, nous ne pourrons pas danser dans nos salles de concert. Néanmoins, nos grandes salles de concert ont repris leur programme depuis quelques semaines. Au Botanique, les concerts de Pomme, Smino et L Divine ont été annulés ou reportés, mais vous pourrez encore y rencontrer des artistes de renom comme Blu Samu (23/10), Les Marquises (31/10), Mademoiselle K (7/11), Ben Watt (10/11), Tim Dup (3/12), ou Individual Friends (16/12) cet automne.

Blu Samu

À l’AB également, la période est ABnormale. Cet automne, les concerts de De Mens, Wim Mertens, 30 years Channel Zero ou Tindersticks ont été annulés. Vous pouvez toutefois acheter des billets pour School is Cool (17/10), Brihang (24/10), An Pierlé Quartett (27/10) et même Spinvis (25/11) et Ellen Ten Damme (12/12) des Pays-Bas, ou Sorry (4/12) de Londres.

Lors de notre rencontre avec Paul-Henri Wauters, directeur du Botanique, et Kurt Overbergh, directeur artistique de l'AB, nous avons décidé de ne pas nous attarder sur les revers subis, mais de regarder vers l'avenir pour voir ce qui sera possible dans les semaines à venir.

Kurt Overbergh © Damon De Backer

Kurt Overbergh, directeur artistique de l'AB : « Notre secteur emploie 80 000 personnes, essentiellement des artistes qui travaillent avec l’expression individuelle de leur propre émotion. Après 22 ans à l’AB, j’en tire toujours autant de plaisir, mais en mars, tout a disparu en quelques jours. Dans les semaines et mois qui ont suivi, nous avons continué à reporter et à déplacer les évènements. Mais en fin de compte, nous sommes restés sans artiste sur scène pendant six mois. Nous allons en ressentir les effets pendant deux ans encore. Ce n'est qu'ensuite que nous retrouverons un rythme de programmation normal, en phase avec l'actualité. »

« Le cauchemar du calendrier, le gouffre financier, les freelancers qu'il faut laisser tomber : le fléau est là. »

Kurt Overbergh, directeur artistique de l'AB

Pourtant, depuis quelque temps, nous voyons à nouveau le bout du tunnel.

K.O. : « À l'AB, nous avons décidé assez rapidement que, l’année prochaine, nous ne voulions pas garder le souvenir d’un sombre automne 2020. Nous voulons pouvoir repenser avec fierté aux belles choses que nous pouvons encore réaliser et investir dans l'avenir. Par exemple, en organisant des résidences pour de nombreux artistes, maintenant que nous avons la possibilité de le faire. Cela signifie que nous allons consacrer du temps et des ressources aux musiciens. En leur faisant une place chez nous, mais aussi en leur apportant tout le soutien technique, artistique et promotionnel possible pour préparer leurs productions. Echo Collective, le groupe à la frontière du classique et de la pop qui est né ici, à l'AB, va travailler avec un artiste vidéo. Le groupe bruxellois Hi Hawaii qui, comme Stuff et Schntzl, est sous le label De Werf Records, avait un projet avec des cors et des cordes. Il ne pensait pas ce rêve réalisable, mais nous voulons le concrétiser en lui permettant de se produire avec un sextuor. La soprano Astrid Stockman va jouer l'opéra flash Salomé avec Colin H, le chanteur d'Amenra. Avec l’ASBL Voetvolk de la chorégraphe Lisbeth Gruwez et le compositeur et musicien Maarten Van Cauwenberghe, nous allons également coproduire et présenter une nouvelle création. D'ici la fin du mois d'octobre, elle devrait être entièrement au point. Tout cela dans le respect des règles de fair practice en matière de paiement. »

An Pierlé quartet © Isadora Gisen

Entre-temps, l'AB a également rouvert ses portes depuis quelque temps déjà, pour cinquante à soixante concerts organisés dans le respect des mesures sanitaires sous le nom « ABNORMAL ».

K. O. : « Bien sûr, le programme d'automne initial n'était pas idéal avec tous ces changements. Il serait également insensé de programmer un DJ techno à l’heure actuelle. Dans le programme ABNORMAL, nous avons été en mesure de mieux faire ressortir les orientations artistiques. Ainsi, nous investissons dans le jeune jazz d'avant-garde depuis quelques années et continuons de le faire avec Commander Spoon (10/11), Paard (15/11) et Schntzl par exemple. En programmant les concerts du Salon à l'ABClub, nous pouvons également mettre en avant notre penchant pour l’électronique et l'improvisation . Mais le plus important dans ces concerts ABNORMAL, ce sont les artistes, grâce à qui notre salle existe. Ce programme leur permet de travailler, et chaque euro collecté leur est autant que possible reversé. »

« S’en est suivi un applaudissement que notre calme public belge ne réserve normalement qu’au deuxième rappel. »

Kurt Overbergh, directeur artistique de l'AB

Comment Overbergh a-t-il vécu les premiers concerts ABNORMAL ? « Vous êtes bien évidemment confronté à de nombreuses règles artificielles. Lors d'un concert normal, il est facile de parler à de vieilles connaissances ou à des étrangers, mais aujourd’hui, rien de tout cela n'est possible. Mais j'ai aussi remarqué lorsque j'ai annoncé le premier concert après le confinement, celui de Blanche, que le public s'était déjà mis à applaudir quand j'ai prononcé le mot ‘accueillir’. S’en est suivi un applaudissement que notre calme public belge ne réserve normalement qu’au deuxième rappel. C'était comme une déferlante de chaleur qui m’a presque empêché de continuer de parler. Depuis, j'ai assisté à plusieurs concerts et la gratitude du public et des artistes est telle que nous savons que nous avons pris la bonne décision. Mon prédécesseur, Jari De Meulemeester, parlait toujours de l'effet take away de ce que nous offrons. Vous faites rêver les gens et leur permettez de ramener un peu de bonheur à la maison. »

Paul-Henri Wauters

Au Botanique, Les Nuits Botanique se déroulent jusqu’au 17 octobre. Immédiatement après le premier Conseil de sécurité qui a imposé le confinement en mars, il a été décidé de reporter le festival, qui était sur le point de commencer, à maintenant.

Paul-Henri Wauters, directeur du Botanique : « Dès le départ, nous avons tout mis en œuvre pour reporter tous les concerts. . Pour de nombreux artistes étrangers, cela n'a pas fonctionné. La menace de la quarantaine et la difficulté d'obtenir des tests rapides compliquent les engagements. Mais dans l'ensemble, tous les groupes belges ont reçu une nouvelle date. »

Pour Les Nuits, le Botanique a même eu accès à des scènes dans son parc et dans l'église de Laeken. La capacité de la Rotonde a été réduite de 130 à environ 60 places. Celle de l'Orangerie de 330 à 160 à 200. Et malgré les soucis pratiques, le Botanique continuera à vendre des billets de concert après Les Nuits. « Les gens font preuve d’une grande résilience », explique Wauters, « mais le coronavirus les a tenus à l'écart des salles pendant longtemps. Il faut donc réactiver cette résilience, et nous ne pouvons le faire qu'en organisant des concerts, de quelque manière que ce soit. C’est ce que j’ai toujours défendu lors des vidéoconférences que nous avons organisées au sein de notre secteur. Si vous attendez que la situation revienne vraiment à la normale pour pouvoir organiser des concerts en toute tranquilité, vous devrez attendre le printemps 2021, ce qui pourrait à nouveau mettre en péril les festivals d'été.

« Le public a de plus en plus envie de spectacles en direct, et nous devons les leur offrir à petite échelle. »

Paul-Henri Wauters, directeur du Botanique

Lorsque, le 13 septembre, notre premier concert a été programmé, avec Halehan, j'étais en réalité sur le point de le reporter. Mais, en fin de compte, il a eu lieu. Il a donné trois concerts le même jour, pour un total de plus de 300 personnes. Ce fut une expérience très positive, tant pour l'artiste que pour le public. Tout le monde a respecté les règles et tout le monde a apprécié. Tout comme après les attentats, l’émotion est plus vive. Le public a de plus en plus envie de spectacles en direct, et nous devons les leur offrir à petite échelle. Si les médias montrent à nouveau le chemin vers les salles, nous pourrons progresser. Nous devrons continuer de nous adapter au virus, mais il n'est pas question d'arrêter. »

Bombataz - Bombataz (c) Olympe tits 2020

En plus des concerts, le Botanique organise également une nouvelle série de résidences d'automne, après le succès des résidences d’été, pour des artistes tels que Blu Samu, Esinam, Bombataz, Charlène Darling, Nicolas Michaux, River into Lake, SKY H1 et YellowStraps. « Nous avions déjà entamé la construction d’un nouveau studio de son et d'enregistrement avec le Botanique dans l’ancien cinéma qui n'est plus utilisé. Ce studio sera terminé d'ici la fin de l'année, mais nous avons acheté le matériel plus tôt pour que nos résidents d'été puissent déjà l’utiliser. Ces seize groupes y ont passé trois jours à tour de rôle et, à la fin, ils ont fait un live-streaming. Nous avons également décidé d'accueillir huit nouveaux résidents pendant l'automne, qui termineront leur séjour par un streaming en direct et un mini-concert pour le public. »

Non pas que Wauters s'attende à une explosion de chefs-d'œuvre et d'événements une fois que le coronavirus aura disparu. « J'ai entendu dire que les studios ont beaucoup de travail avec les enregistrements. Mais lorsque nous avons tout reporté au printemps, nous pensions aussi que nous aurions une offre excédentaire en automne. Ce n’est certainement pas encore le cas, et le public est encore hésitant. Un artiste attendra surtout des bonnes conditions pour lancer un nouveau projet… »

« Une conséquence positive du Covid a été le rapprochement avec les collègues de l'industrie de la musique. »

Paul-Henri Wauters, directeur du Botanique

Une conséquence positive du Covid a été le rapprochement avec les collègues de l'industrie de la musique, rendant également la concertation avec les pouvoirs publics plus fluide. La concertation va au-delà de la frontière linguistique, et du côté francophone, même les organisateurs de festivals sont désormais unis. Wauters a-t-il tiré des enseignements de cette situation pour l'avenir ? « Il faut parfois avancer sans se poser trop de questions. La progression de la pandémie est très irrégulière. En trente ans dans ce secteur, c’est la première fois que nous devons attendre une autorisation trois jours avant un concert. Nous devons donc faire preuve d’humilité et toujours nous demander si les décisions que nous prenons sont les bonnes. Mais il faut parfois oser avancer sans savoir exactement où on va. »

Kurt Overbergh était responsable de la promotion chez Rough Trade et rédacteur pour le magazine musical RifRaf. Il est D.J., collectionneur de disques et juge au Humo's Rock Rally. Il a rejoint l'AB en 1997 et est devenu directeur artistique en 2000.

Paul-Henri Wauters est pianiste, musicologue, philosophe et anthropologue culturel. Il a d'abord travaillé pour la communauté française et, en 1988, il est entré au Botanique où il a d'abord été programmateur avant de devenir directeur.