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Alors, on danse ? La scène bruxelloise en mouvement

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(c) Hanna Pallot
Publié le 27/04/2021
Par Mylène

Une nouvelle génération de danseurs dévoile ses talents à Bruxelles. Portée par la liberté et la diversité artistique de sa scène contemporaine, la capitale est une véritable plaque tournante de la danse et de la performance. A l’occasion de la Journée Internationale de la danse, nous avons eu envie de partir à la découverte de ce qui fait la singularité de l’ADN Bruxellois.

Privés de scène depuis un an, danseurs, chorégraphes, étudiants, compagnies et institutions culturelles...partagent avec nous leur vision de la danse et leurs projets d’avenir. Rencontre avec ceux qui font battre le cœur de la planète danse à Bruxelles !

Elodie Verlinden
Maitre d’enseignement à l’ULB dans le Master en Spectacle vivant

  • Quel est l’ADN de la scène danse bruxelloise et quelles en sont les spécificités selon vous ?

A mon sens, l’une de ses spécificités, c’est de ne pas en avoir ! Elle se caractérise par une multiplicité de formes, de sources et de filiations. A l’image de Bruxelles, ville multiculturelle, elle propose des centaines de facettes, même au sein de l’univers d’un seul chorégraphe. La scène bruxelloise ne s’interdit rien, tout y est possible. Finalement, sa spécificité c’est sa diversité !

  • Pouvez-vous qualifier le rapport de votre institution à la danse en trois adjectifs ?

Paradoxal. A l’étranger, Bruxelles est considérée comme l’une des plaques tournantes de la danse contemporaine, avec une histoire et des chorégraphes connus dans le monde entier. Pourtant, en Belgique, il n’existe pas encore de master en danse ! Le master en spectacle vivant dans lequel j’enseigne, ne consacre qu’un cours parmi d’autres à la danse. Le cordonnier est toujours le plus mal chaussé ! Néanmoins, très prochainement un nouveau master sera consacré à la discipline…Théorique. A l’université, notre approche est en effet très théorique et réflexive. Nous élaborons une « boite à outil », apprenons des grilles de lectures à nos étudiants, le tout nourri par des échanges. Mais notre enseignement ne s’ancre pas dans la pratique de la danse. Vivant. Néanmoins, notre master est pleinement connecté au spectacle vivant. Nous sommes en lien permanent avec l’actualité danse et la programmation de l’année en cours. Sortir de la bibliothèque, aller voir des spectacles, les analyser et en discuter sur le terrain fait partie de notre quotidien !

"La scène bruxelloise ne s’interdit rien, tout y est possible. Finalement, sa spécificité c’est sa diversité !"

Elodie Verlinden, Maitre d’enseignement à l’ULB dans le Master en Spectacle vivant.
  • Comment vous êtes-vous réinventés durant ces derniers mois ? Et comment avez-vous continué à nourrir votre rapport à la danse ?

Ces derniers mois ont été très difficiles, car nous nous nourrissons tout simplement du vivant et des sorties ! En temps normal, nous allons voir des spectacles 3 ou 4 fois par semaine. La co-présence, le fait de vivre quelque chose au même moment, sans autre média ou écran intermédiaire, nous est indispensable. La situation actuelle génère donc pas mal de frustrations ! Mais la contrainte est aussi source de créativité, et l’on voit émerger de nouvelles formes très intéressantes, dans l'espace public ou les vitrines des magasins par exemple.

  • Selon vous, quels sont les nouveaux enjeux de la scène danse à Bruxelles en particulier et ailleurs ?

Tout d’abord, j’aimerais insister sur le fait qu’il y aura un problème de survie, notamment des petites compagnies qui sont déjà fragiles, voire précaires, et qui ont été très durement touchées. Sans aide adéquate et conséquente, on risque de voir s’éteindre toute une frange de la diversité qui caractérise justement Bruxelles.

D’un point de vue plus créatif, on voit émerger de nouvelles formes de participation qui invitent les « spect-acteurs » à s’impliquer, l’apparition de formes hybrides qui font sortir la danse des lieux consacrés, un syncrétisme accentué entre diverses formes de spectacle vivant auxquelles viennent se mêler les nouvelles technologies (drones, hologrammes…) : autant de nouvelles formes de création très enrichissantes !

danse bruxelles - Charlotte Cétaire GXIII 2020 Class Diane Madden ©Olympe Tits

Charlotte Cétaire
étudiante de PARTS dans le programme de Bachelor en Danse "Training"

  • Quel est l’ADN de la scène danse bruxelloise et quelles en sont les spécificités selon vous ?

De mon point de vue d’étudiante, je dirais, les « open stages » des écoles. Le fait de pouvoir entrer et aller au contact des élèves au travail, au cœur des studios. La chose que j’aimais le plus faire avant la crise sanitaire, c’était d’aller voir le travail en train de se réaliser, de suivre et de repérer des artistes en construction…bref faire partie de ce processus créatif. Toutes les écoles bruxelloises, que ce soit en cirque, théâtre ou chorégraphie sont dans l’échange, nous faisons même des jam sessions ensemble ! Il y a un côté très hétéroclite, qui me semble propre à Bruxelles.

  • Pouvez-vous qualifier le rapport de votre institution à la danse en trois mots ?

 Ébranler. Ebranler les bases pour trouver de nouvelles choses en nous, créer de nouveaux rapports et secouer nos idées reçues. Mais aussi questionner et surtout toucher. C’est l’essence des arts vivants. Tous les sens sont impliqués mais principalement le toucher, qui est un vrai langage et à travers quoi on peut voir et regarder beaucoup de choses. C’est probablement ce qui me manque le plus en ce moment ! 

  • Comment vous êtes-vous réinventée durant ces derniers mois ? Et comment avez-vous continué à nourrir votre rapport à la danse ?

Durant cette période, j’ai travaillé un panel de mouvements que je n’avais jamais eu à expérimenter avant : des acrobaties, beaucoup de renforcement musculaire, mais aussi grimper aux arbres ! J’ai utilisé mon corps à travers un autre prisme que la danse. Il n’était pas question de reproduire les mouvements habituels du studio, mais de chercher du nouveau.

Je me suis aussi tournée vers autre chose, le dessin, l’écriture la reliure…Et comme tout nourrit tout, ces activités qui, à la base, ne sont pas en rapport avec la danse, m’ont donné des idées pour mes projets futurs.

"On apprend vite que le « do it yourself » a un charme limité :  il nous manque parfois le temps de rater, de refaire, de réussir. Surtout de rater ! "

Charlotte Cétaire, étudiante de P.A.R.T.S dans le programme de Bachelor en Danse "Training"
  • Selon vous, quels sont les nouveaux enjeux de la scène danse à Bruxelles en particulier et ailleurs ?

A Bruxelles, il  faudrait que les compagnies anciennes, pérennes et bien « installées » laissent plus de place et de moyens aux artistes émergents. Les grandes institutions aussi. On apprend vite que le « do it yourself » a un charme limité :  il nous manque parfois le temps de rater, de refaire, de réussir. Surtout de rater ! On nous apprend à faire un pull avec des ficelles, mais parfois, on aimerait s’essayer à la laine !

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