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Alors, on danse ? La scène bruxelloise en mouvement - II

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PARTS - Theo Van Rompay - Benjamin Vandewalle (c) Tine Declerck
Publié le 29/04/2021
Par Mylène

Une nouvelle génération de danseurs dévoile ses talents à Bruxelles. Portée par la liberté et la diversité artistique de sa scène contemporaine, la capitale est une véritable plaque tournante de la danse et de la performance. A l’occasion de la Journée Internationale de la danse, nous avons eu envie de partir à la découverte de ce qui fait la singularité de l’ADN Bruxellois.

Privés de scène depuis un an, danseurs, chorégraphes, étudiants, compagnies et institutions culturelles...partagent avec nous leur vision de la danse et leurs projets d’avenir. Rencontre avec ceux qui font battre le cœur de la planète danse à Bruxelles !

Benjamin Vandewalle
chorégraphe et danseur

  • Quel est l’ADN de la scène danse bruxelloise et quelles en sont les spécificités selon vous ?

Si je devais résumer, le mot clé serait diversité. Déjà parce que Bruxelles est une ville hyper internationale, mais cela tout le monde le sait ! La diversité bruxelloise n’est pas que « géographique », elle s’exprime aussi dans les différents catégories artistiques : nous avons Anne Teresa De Keersmaeker, très connue à l’international mais aussi un milieu underground très vivant. Entre ces deux « extrêmes », il existe une vraie diversité de propositions artistiques et chaque couche de ce « millefeuille » est très bien représentée.

  • Pouvez-vous qualifier votre rapport à la danse en trois adjectifs ?

Contemplatif. J’aime bien quand l’art crée un espace où les gens entrent dans une forme de méditation introspective. Qu’ils s’ouvrent à des choses inconnues.

Sensoriel. La danse passe au travers de tous les sens. Elle peut passer par la peau, par le son du corps, par le tactile… pas seulement à travers les yeux. Elle a plusieurs dimensions

Interactif / participatif. J’aime tout particulièrement que le corps du public soit aussi engagé dans la chorégraphie, qu’il ne soit pas que passif. La danse doit prendre place dans le corps du public.

"En travaillant avec les étudiants et les nouvelles générations, j’ai pu mesurer à quel point leur travail était traversé par l’urgence, l’urgence d’être pertinents. Leur approche est plus engagée et eurs propositions artistiques participent aux enjeux contemporains dont ils sont très au courant. Ils nous enjoignent à nous bouger ! "

Benjamin Vandewalle, chorégraphe et danseur.

  • Comment vous êtes-vous réinventé durant ces derniers mois ? Et comment avez-vous continué à nourrir votre rapport à la danse ?

En fait, ça fait 15 ans que je travaille non-stop et prendre une pause, pour la première fois depuis tant d’années, c’était plutôt pas mal ! Au lieu de me lancer dans la création, ou d’imaginer une autre forme de danse plus connectée avec la période, j’ai choisi de m’abandonner. D’accepter ce moment, et de réfléchir. D’établir un rapport plus contemplatif à la danse. C’est seulement maintenant que je me rends compte que…de nouvelles graines sont en train de germer.

Il faut aussi préciser que pendant cette longue période, j’ai donné pas mal de cours à de jeunes danseurs en train de former leur discours artistique. J’ai été actif dans la transmission !

  • Selon vous, quels sont les nouveaux enjeux de la scène danse à Bruxelles en particulier et ailleurs ?

Ces derniers temps, en travaillant avec les étudiants et les nouvelles générations, j’ai pu mesurer à quel point leur travail était traversé par l’urgence, l’urgence d’être pertinents. Leur approche est plus engagée, plus radicale peut-être. Leurs propositions artistiques participent aux enjeux contemporains dont ils sont très au courant : politique de genre, inclusivité, réchauffement climatique…Ils nous enjoignent à nous bouger et à ne plus accepter certaines choses !

(c) PARTS - Trisha Brown - RPS (c) Tine DECLERCK

Annie Bozzini
directrice générale et artistique de Charleroi Danse / La Raffinerie

  • Quel est l’ADN de la scène danse bruxelloise et quelles en sont les spécificités selon vous ?

La notion d’ADN m’évoque avant tout les origines, l’histoire. Si je résume, dans les grandes lignes, je dirais que celui de la scène danse bruxelloise s’inscrit sous un double héritage : la persistance du ballet d’abord et l’arrivée de Béjart et de son école ensuite. En dehors des grandes figures tutélaires, la danse à Bruxelles se singularise par son extrême diversité : des artistes aux origines géographiques et culturelles différentes qui favorisent la porosité des genres artistiques.

  • Pouvez-vous qualifier le rapport de votre institution à la danse en trois adjectifs ?

Nous sommes une institution qui se doit d’être à la fois passionnée, professionnelle et sensible. Nous évoluons entre ces trois données-là, nous cultivons la passion du regard tout en gardant un ancrage pro. Le tout traversé par le sensible !

" Nous sommes une institution qui se doit d’être à la fois passionnée, professionnelle et sensible. Nous évoluons entre ces trois données-là, nous cultivons la passion du regard tout en gardant un ancrage pro. Le tout traversé par le sensible ! "

Annie Bozzini, directrice générale et artistique de Charleroi Danse / La Raffinerie

Charleroi danse / La Raffinerie - Ateliers hip Hop et contemporain pour enfants avec Julien Carlier © Caroline Lessire

  • Comment vous êtes-vous réinventés durant ces derniers mois ? Et comment avez-vous continué à nourrir votre rapport à la danse ?

Nous ne nous sommes pas réinventés à proprement parler dans le sens où nous avons continué à travailler et à accueillir des artistes en résidence. Nos espaces, vastes et aérés, nous ont permis de rester proches des artistes. Ce qui nous manque c’est le public, voilà le vrai défi ! L’impossibilité de rencontrer le public est très pesante. Nous existons pour que les œuvres rencontrent les gens, pour libérer l’imagination ! Ces rencontres participent à la construction d’un imaginaire collectif qui, à force, va finir par faire défaut. Avec le spectacle vivant on accepte d’entrer dans l’univers de quelqu’un d’autre…et ça donne du souffle ! Ces derniers mois nous ont condamnés à notre seul univers qui n’est pas toujours suffisant !

Pendant cette période, nous avons également recueilli le témoignage de 11 artistes de la scène bruxelloise. Paroles d’artistes est une série de portraits leur donnant la possibilité d’exprimer leur(s) point(s) de vue sur la pandémie.

  • Selon vous, quels sont les nouveaux enjeux de la scène danse à Bruxelles en particulier et ailleurs ?

En général, le domaine de la danse est sous-doté et sous-estimé. Particulièrement en Belgique alors que Bruxelles est considérée comme la capitale des danseurs. Assez contradictoire ! Le déséquilibre est frappant entre le rayonnement de la scène danse et le niveau de dotation financière…

Un autre défi réside dans la diffusion et de la circulation des œuvres sur le plan européen et mondial. Habituellement, les compagnies sont très mobiles et voyagent dans le monde entier. La reconnaissance vient souvent de l’extérieur et des tournées internationales. Aujourd’hui, la pandémie et les restrictions de déplacement remettent en question cet « écosystème ». Le réseau de diffusion belge, même s’il est important, reste limité par rapport aux intentions et à l’offre. Il est indispensable de trouver un réseau de diffusion local, de sensibiliser et d’aider les centres culturels belges à réinvestir la question du spectacle vivant, que ce soit la danse, le cirque ou le théâtre.

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