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Le jazz à Bruxelles reprend des couleurs

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Jazz Station - Or Bareket Quartet @ Jean-Paul Remy
Publié le 30/04/2021
Par Charline Cauchie
journaliste

Le 30 avril est la Journée internationale du jazz. À cette occasion, la parole est donnée à la pianiste Eve Beuvens, au directeur de Jazz Station Kostia Pace et au musicien et fondateur de Werkplaats Walter Teun Verbruggen. Entre streaming pour confinés et l’appel du live, l’heure est au changement. En musique, bien évidemment.

“La scène jazz bruxelloise ? Il faut déjà faire un voyage dans le temps pour se remémorer ce qu’est la scène jazz”, ironise Eve Beuvens. Elle est une de nos grandes pianistes de jazz en Belgique. Son premier album Noordzee était sorti en 2009. Mais cette scène reste résolument “vivante, organique et colorée”, selon Kostia Pace, le directeur de Jazz Station à Saint-Josse-ten-Noode qui se présente comme le Centre vivant du jazz à Bruxelles, lieu d’exposition, de résidences et de cours. Alors, plus que jamais, il faut créer pour Teun Verbruggen, musicien et fondateur de Werkplaats Walter à Anderlecht. Rencontres avec ces trois-là.

Eve Beuvens (c) Pjilippe Lambert 2013

  • Existe-t-il une scène jazz spécifiquement bruxelloise ?

Teun Verbruggen : On pourrait dire que oui, et elle commence à se développer grâce à des gens éparpillés de ci de là qui la font constamment évoluer. En fait, la scène jazz bruxelloise est comme la ville elle-même : très cosmopolite.

Eve Beuvens : Au niveau des musiciennes et des musiciens, il existe pas mal d’internationalité, notamment venant d’Italie et de France. C’est grâce à notre position géographique centrale et la qualité de nos écoles.

Kostia Pace : Bruxelles fait en effet partie des grands pôles européens du jazz, c’est une ville musicale foisonnante et qui favorise les rencontres interculturelles. De nombreux musiciens et nombreuses musiciennes viennent aussi profiter des synergies que la ville apporte. Enfin, c’est une ville qui sait allier vintage (avec une grosse tradition de swing et beaucoup de formations très réputées) et modernité, car notre scène jazz flirte aussi avec l’électro et les musiques urbaines.

Teun Verbruggen

  • Comment décririez-vous votre lieu/votre pratique du jazz en trois mots ?

Kostia Pace : A nos yeux, et c’est ce que nous nous engageons à faire ressentir à nos spectatrices et spectateurs : la Jazz Station, c’est de la curiosité, de l’organique et de l’évasion.

Eve Beuvens : Si je dois parler de ma pratique journalière, j’essaye qu’elle soit inspirée, connectée et qu’elle fasse sens. C’est la place que j’accorde au jazz dans ma vie. Si on parle de mon style ou de ce que je communique à travers ma musique, je dirais chaleureux, coloré et plurivoque, c’est-à-dire l’opposé d’univoque. Le jazz a pour caractéristique de laisser une grande liberté à l’auditeur ou l'auditrice, c’est aussi mon objectif.

Teun Verbruggen : Je parlerais du Werkplaats Walter avec les qualificatifs suivants : lieu alternatif, résidences artistiques, et liens entre arts plastiques et musiques d’avant-garde.

Kostia Pace @Roger Vantilt

  • Vous êtes-vous réinventé·e durant la pandémie ? Avez-vous des projets pour les prochains mois ?

Teun Verbruggen : On a fait comme tout le monde, c’est-à-dire beaucoup de streamings. En tant que musicien, je travaille un nouveau setup électronique, je mixe des albums enregistrés avant la pandémie et je pratique des nouvelles techniques à la batterie. Continuer de créer est mon leitmotiv.

Eve Beuvens : J’ai un peu de mal aussi avec ce mot « se réinventer » . Pour moi, c’est trop doux vu l’ampleur de la crise. Puis, « se réinventer » ”, ça voudrait dire que ce qu’on met en place devrait perdurer. Il y a eu et il y a encore beaucoup de choses qui se passent en ligne. J’y ai pris part, cela m’a permis de rester en mouvement, à la fois comme musicienne ou public. Le streaming a été vecteur de promotion et de vie de mon travail, mais j’espère que ça ne continuera pas, car jouer implique de se trouver dans la même pièce que le public : la musique se transmet par l’air en vibrant. Si on ne partage pas le même air, on ne perçoit simplement pas toute la profondeur du message musical. Au rayon des projets, j’ai un nouveau trio avec lequel j’aimerais pouvoir bientôt jouer et un album solo qui sort en septembre et sera présenté à Bozar.

Music Village (c) Julien Hayard

  • Quels sont les nouveaux enjeux de la scène jazz à Bruxelles et ailleurs ?

Eve Beuvens : Le premier enjeu sera de voir qui va survivre, qui va pouvoir rouvrir… Il restait déjà peu d’endroits.  Et il y bien sûr la question du public : est-ce que les gens vont être plus nombreux ? Moins nombreux ? On n’en sait rien…

Teun Verbruggen : Je pense qu'on va assister à une crise globale où il y aura encore moins de places et d'argent pour les musiciens. Par contre, je crois que les initiatives émanant d’acteurs privés vont s’installer de plus en plus.

Kostia Pace : Beaucoup de lieux ont fermé. D’autres ouvrent ou renaissent de leurs cendres. C’est plutôt positif, malgré la douleur que cela a engendré. Plus que jamais, le jazz est une musique qui se voit en live. Elle est vivante, organique, et souvent – malgré les a priori – joyeuse ! L’enjeu sera donc de ramener les gens vers le contact humain et culturel, plus viscéral et chaleureux que les écrans. Mais ça, c’est aussi l’enjeu de toute la Culture - et de notre société en général.